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Covid-19: aux Etats-Unis, le pire et le meilleur de la gestion sanitaire

logo de Challenges Challenges 17/05/2021 12:00:00 Philippe Boulet Gercourt
Centre de recherche du Maryland © White House/Zuma Press/RéaCentre de recherche du Maryland

LES PAYS FACE AU COVID (8/10) - Les Américains ne sont pas près d'oublier les 570 000 morts en raison de la mauvaise gestion de la pandémie par Donald Trump. La réussite en matière vaccinale et l'élection de Joe Biden ont rebattu les cartes.

Une tragédie, un succès. Dans cet ordre. Vu le regard envieux que jette le reste du monde à la campagne éclair de vaccination des Américains, on pourrait être tenté de dire : Trump 1, Biden 1, match nul, avec, dans le rôle de l'arbitre scientifique, Anthony Fauci, coordinateur de la lutte anti-coronavirus et vétéran des pandémies - il fut un héros dans le combat contre le sida - et un homme qui, à 80 ans, n'a pas pris un jour de congé depuis quatorze mois. Joe Biden a accompli un sans-faute, en matière de lutte contre la pandémie, ce dont le créditent près de sept Américains sur dix, selon les sondages. Mais on ne peut pas enlever à Donald Trump le mérite d'avoir lancé au printemps 2020 l'opération Warp Speed, pour développer un vaccin "à la vitesse de l'éclair".

Le paquet sur la recherche

Toute la question est de savoir si le succès du vaccin peut faire oublier l'immense échec de la lutte contre le Covid, avec un record du monde du nombre de victimes (570.000). Ahurissant pour un pays comme les Etats-Unis. En une semaine, malgré les progrès de la vaccination, il meurt encore plus d'Américains qu'il n'en est tombé, en Afghanistan, en vingt ans de guerre. "Comment le pays le plus riche et le plus avancé du monde, sur le plan scientifique, a-t-il pu se retrouver dans un pareil film d'horreur ?" C'est ce que se demande le comité éditorial du Boston Globe, qui réclame une commission d'enquête indépendante digne de celle qui avait tiré les leçons du 11-Septembre.

Inutile de retracer toutes les pantalonnades de Trump sur le sujet, ses dénégations, mensonges, refus d'écouter ses conseillers scientifiques, tocades pour des remèdes bidon, sans oublier son obsession à courte vue de ne pas ralentir l'économie ni de peser sur la Bourse. Les langues commencent seulement à se délier, les livres, à paraître, sur cette tache indélébile de l'histoire américaine. Le journaliste vedette Bob Woodward travaille au sien, on peut être déjà sûr que ce sera une bombe. Les Américains, eux, ont déjà rendu leur verdict : la cote de popularité de Trump n'a connu qu'une petite hausse de deux semaines, au printemps 2020, quand il avait semblé vouloir prendre des mesures sanitaires raisonnables, avant de retomber comme un soufflé quand il a replongé dans l'incohérence. Elle n'a plus jamais redécollé, jusqu'à l'élection. Le demi-million de morts est passé par là. "Cent mille décès environ sont survenus à l'occasion de la première flambée d'infections", confiait récemment à CNN Deborah Birx, coordinatrice de la "task force" coronavirus sous Trump. Difficile d'éviter ceux-ci. Mais "tous les autres, à mon avis, auraient pu être évités ou substantiellement réduits", a-t-elle ajouté.

Il n'empêche. Emmanuel Macron a raison de dire : "Les Américains ont eu le mérite, dès l'été 2020, de dire on met le paquet et on y va. Ils ont eu plus d'ambition que nous." Avec Warp Speed, l'administration a mis le turbo sur une recherche sur l'ARN messager qui existait et ne demandait qu'à être testée à grande échelle, investissant 14 milliards de dollars d'argent public pour protéger en partie six fabricants de vaccin contre le risque financier que représentait un tel pari. L'échec, on l'oublie aujourd'hui, était une hypothèse très réelle. Et Warp Speed était une façon intelligente, pour l'Etat, d'encourager le goût du risque des entreprises pharmaceutiques tout en limitant les dégâts qu'elles subiraient en cas d'échec, par le biais de ventes garanties (Pfizer) ou de participation aux investissements (Moderna).

Politisation à outrance

Il est un autre sujet sur lequel les deux présidents ont agi sans hésiter, avec l'approbation du public : les plans de sauvetage économique, tous votés à la quasi-unanimité du Congrès. Celui de Trump (2.200 milliards de dollars plus une rallonge de 900 milliards en décembre), signé en mars 2020, et celui de Biden (1.900 milliards), un an plus tard. Il ne fait aucun doute que ces plans, se substituant à un filet social de sécurité normalement inexistant aux Etats-Unis, ont amorti le choc.

Il y a eu des couacs. Nombreux. Des relations tendues entre l'administration Trump et Pfizer, qui se dit ravi aujourd'hui de ses rapports avec l'équipe Biden. Des retards : Trump avait promis 20 millions de vaccinations à la fin 2020, seulement 2,8 millions ont été faites à cette date. Des ratés, comme le laxisme gouvernemental qui a laissé opérer une usine douteuse produisant le vaccin Johnson & Johnson (résultat : 15 millions de doses à la poubelle). Et la "Biden team" a apporté d'innombrables améliorations au processus de fabrication et de distribution du vaccin, désormais géré de façon militaire, avec le résultat que l'on sait : plus de la moitié de la population adulte, et 80 % des plus de 65 ans, ayant déjà reçu au moins une dose.

Il reste un échec, ou plutôt un danger : la politisation extrême de la pandémie. Passe encore que la plupart des Etats aient assoupli prématurément les restrictions sanitaires : même chez les dirigeants démocrates locaux, on sent la lassitude l'emporter. Comme en France, il flotte le sentiment que les mesures trop restrictives risquent d'avoir un effet boomerang. Plus grave est le refus idéologique d'électeurs républicains de respecter la distanciation sociale ou de porter un masque et, surtout, de se faire vacciner : 45 % d'entre eux, selon un sondage de l'université Monmouth, ne veulent toujours pas en entendre parler.

De fait, la carte du refus du vaccin colle presque parfaitement à celle du vote Trump. Son héritage, c'est aussi cela : avoir attisé, chez ses partisans, une méfiance profonde envers la science et politisé un geste aussi évident que le port du masque.

ECONOMIE

Evolution du PIB: -3,5% en 2020, +6,4% en 2021*

Revenu des ménages: +7%

Déficit public: -14,9% du PIB

Dette publique: 127,1% du PIB

Chiffres 2020, *prévision 2021 SOURCES: EUROSTAT, FMI, OFCE

SANTÉ

1 713 morts par million d'habitants

95 884 cas par million d'habitants

39,5 % de la population a reçu au moins une dose de vaccin anti-Covid

SOURCES : UNIVERSITÉ JOHN-HOPKINS, UNIVERSITÉ D'OXFORD

GESTION DE LA CRISE

69 % des Américains approuvent l'action de Joe Biden contre le coronavirus.

SOURCE : SONDAGE NBC NEWS.

 

Au Canada, le recul des libertés civiles passe mal

Pas d'état d'âme. Face à l'émergence d'une troisième vague, liée à l'arrivée de nouveaux variants du Covid, même le très libéral Premier ministre Justin Trudeau a dû faire de sérieuses concessions quant au respect des libertés civiles. Mi-mars 2020, dès le premier confinement, les services de police de plusieurs villes du Québec ont ouvert des sites consacrés à la délation des personnes qui dérogent aux recommandations sanitaires. Alors que les témoignages ont afflué, ce type de mesures a provoqué un malaise grandissant.

Au point que la grogne monte dans le pays.

Le 9 avril dernier, le Québec a décidé de ramener l'heure du couvre-feu de 21 h 30 à 20 heures. Ce qui a déclenché une série de manifestations à Montréal.

D'autres provinces sont confrontées à ces mouvements, même s'ils ne rassemblent que quelques centaines de personnes.

Parfois les autorités locales sont forcées de faire marche arrière face aux protestations. Après avoir reconfiné la population de l'Etat début avril, le gouvernement de l'Ontario s'est vu contraint de renoncer à une mesure permettant aux policiers d'arrêter les piétons ou les conducteurs pour leur demander de justifier leur présence à l'extérieur et les obliger à donner leur adresse.

Par Philippe Boulet-Gercourt (correspondant à New York)

lundi 17 mai 2021 15:00:00 Categories: Challenges

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