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Polynésie: l'Inserm ne fait pas de lien entre essais nucléaires et cancer, une association s'insurge

logo de BFMTV BFMTV 24/02/2021 07:26:52

L'une des principales associations anti-nucléaire de Polynésie française a regretté la publication d'un rapport sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires, l'assimilant à du "négationnisme".

Une manifestation du parti indépendantiste polynésien contre l'essai nucléaire prévu dans l'atoll de Mururoa, le 2 septembre 1995 © AFP / Romeo GacadUne manifestation du parti indépendantiste polynésien contre l'essai nucléaire prévu dans l'atoll de Mururoa, le 2 septembre 1995

C'est un rapport de la respectée Inserm qui a mis le feu aux poudres en Polynésie française. Prévu pour parution ce mercredi, il compile les recherches de dix experts, dont les travaux s'avèrent "insuffisants pour conclure de façon solide sur les liens entre l'exposition aux rayonnements ionisants issus des retombées des essais nucléaires atmosphériques en Polynésie française et l'occurrence" de pathologies comme le cancer de la thyroïde ou les hémopathies malignes.

Les rares études épidémiologiques "ne permettent pas non plus d'exclure l'existence de conséquences sanitaires qui seraient passées inaperçues jusqu'à présent", nuance toutefois ce rapport commandé en 2013 par le ministère de la Défense.

"800 bombes d'Hiroshima"

Mais pour l'une des principales associations anti-nucléaire de Polynésie française, l'association 193, le mal est fait. À tel point que celle-ci assimile le rapport à une forme de "négationnisme".

"Ce rapport n'apporte rien de nouveau, c'est la continuité d'une négation de la réalité. 193 essais nucléaires, c'est l'équivalent de 800 bombes d'Hiroshima: dire qu'il n'y a pas eu d'effets, c'est du négationnisme", a déclaré à l'Agence France-Presse le père Auguste Uebe-Carlson, président de 193.

Cette association milite notamment pour une meilleure indemnisation des victimes des essais nucléaires. Au-delà des effets sanitaires de ces essais, 193 s'inquiète d'une réinterprétation de l'Histoire, par exemple au sein du Centre de Mémoire, qui devrait voir le jour à Tahiti après un engagement du Président François Hollande.

"Le Centre de Mémoire va devenir un lieu où on va retrouver ce genre d'affirmation sur les essais propres, ça va être le lieu d'une seule parole", s'inquiète le père Uebe-Carlson.

Manque d'études complètes

Le rapport de l'Inserm a réuni 1200 études portant sur la Polynésie, mais aussi sur d'autres lieux d'essais nucléaires.

"Parmi les documents étudiés, il y en a quelques-uns qui sont issus des années folles où tout ce qui touchait au nucléaire était entièrement contrôlés par l'armée", a regretté le député Moetai Brotherson, cadre du parti indépendantiste polynésien.

La France a réalisé 193 essais sur les atolls de Moruroa et Fangataufa, dans l'archipel des Tuamotu, entre 1966 et 1996, dont 46 essais atmosphériques, les huit premières années. Le rapport souligne à plusieurs reprises le manque d'études complètes pour établir l'impact des essais sur la santé des Polynésiens.

"Ces résultats et la rareté des données justifient la nécessité d'envisager d'autres approches afin d'évaluer les conséquences sanitaires des retombées des essais nucléaires en Polynésie française", précise-t-il.

Il constate cependant une incidence très élevée de cancers de la thyroïde en Polynésie française: "Sur la période 1998-2002, elle est même la plus élevée au monde, avec celle de la Nouvelle-Calédonie". Mais les experts n'établissent pas de lien avéré avec les essais nucléaires, et pointent aussi d'autres facteurs de risques pour les pathologies constatées, comme le tabagisme, la forte consommation d'alcool ou l'obésité.

"Doutes" et "mensonges"

L'historien Jean-Marc Regnault regrette "des régressions sur l'ouverture des archives militaires" qui nourrissent les "doutes" des militants sur la sincérité de l'étude.

"Compte tenu de tous les mensonges qu'il y a eu, on peut se demander si ces conclusions ne sont pas un nouveau mensonge, même si ce sont des scientifiques de l'Inserm et non l'État", indique-t-il à l'AFP.

Jean-Marc Regnault rappelle que d'autres études scientifiques, comme celles de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité), sont arrivées à des conclusions différentes à partir des mêmes documents et que les autorités de l'État, comme François Hollande, ont aussi reconnu les conséquences sanitaires des essais nucléaires.

Les indépendantistes polynésiens et les associations anti-nucléaires mènent un combat commun, pour une meilleure indemnisation des victimes de maladies radio-induites. Ils craignent que ce rapport soit un frein aux demandes d'indemnisation.

24. helmikuuta 2021 9:26:52 Categories: BFMTV

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