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Bataille de charbonniers entre la République tchèque et la Pologne

logo de Liberation Liberation 24/02/2021 07:29:00 Nelly Didelot
La mine de Turów dans le sud-ouest de la Pologne, en septembre 2020. © Bartek SadowskiLa mine de Turów dans le sud-ouest de la Pologne, en septembre 2020.

Vu du ciel, l'immense cratère de la mine de lignite - un type de charbon -, de Turów, au sud-ouest de la Pologne, semble faire office de borne frontière géante. A l'ouest s'étend l'Allemagne, au sud et à l'est la République tchèque. Au nord, un étroit couloir de trois kilomètres de large qui relie l'installation industrielle au reste de la Pologne. Ouverte en 1904, la mine s'est étendue dans cette quasi-enclave au point d'épouser presque les contours de la frontière, suscitant aujourd'hui la vive irritation de ses voisins, tchèques en particulier, qui craignent les projets d'agrandissement annoncés par l'exploitant de la mine, le groupe public polonais PGE.

Après des années de tensions à ce sujet entre Prague et Varsovie - pourtant habituellement proches alliés sur les questions énergétiques et environnementales -, le gouvernement tchèque a annoncé lundi qu'il allait saisir la justice européenne pour empêcher l'extension de Turów et obtenir l'arrêt de l'exploitation de la mine. C'est une première dans l'histoire de l'Union européenne?: jamais jusqu'ici un Etat membre en avait poursuivi un autre pour des motifs environnementaux.

Prague reproche à son voisin son manque de transparence, une mauvaise évaluation des risques environnementaux posés par la mine et son extension, et surtout la mise en danger de l'approvisionnement en eau potable des villages tchèques situés à la frontière. En attendant qu'une décision soit prise, ce qui pourrait prendre environ un an une fois que la plainte sera officiellement déposée, la République tchèque demande aussi la fermeture préventive de la mine.

Baisse des nappes phréatiques

Côté tchèque, comme côté allemand, les villageois subissent depuis des années les nuisances de l'extraction de charbon à ciel ouvert. Bruit, poussière et pollution, accentués par la centrale électrique de Turtow, la septième la plus polluante d'Europe, installée à la sortie de la mine pour réduire au maximum le transport du combustible. Le projet d'agrandissement de la mine a sonné la révolte. Il prévoit d'accroître la profondeur du cratère, jusqu'à 330 mètres en dessous du niveau du sol, et sa superficie, qui passerait de 25 à 30 kilomètres carrés, pour s'approcher à 100 mètres de la frontière tchèque. Pour PGE, le projet permettrait de faire fonctionner la mine jusqu'en 2044. Les habitants, eux, voient surtout les conséquences sur les nappes phréatiques de la région, pompées et polluées par Turtow, selon Prague.

«La décision du gouvernement de poursuivre la Pologne est un soulagement pour nous qui vivons à côté de la mine. Sur la seule année 2020, le niveau des nappes phréatiques a baissé de huit mètres, soit plus du double de ce que PGE avait prévu d'ici 2044», pointe dans un communiqué Milan Starec, un habitant de Uhelna qui s'est fait le porte-parole des inquiétudes des villageois. L'année dernière, il racontait à Politico que les habitants de la région devaient déjà prendre des douches plus courtes, faire leur lessive chez des amis ou pomper de l'eau dans les ruisseaux. D'après les autorités de la région de Liberec, la poursuite de l'exploitation de la mine et son extension pourraient priver 30 000 Tchèques d'eau potable.

Nouvelles mines en projet

Une éventualité négligeable pour le gouvernement polonais, qui s'entête à protéger le secteur du charbon malgré l'urgence climatique et la hausse des ambitions de réduction de CO2 d'ici 2030 dans l'UE. Environ 80% de l'électricité du pays est toujours issue de centrales à charbon, comme celle de Turów qui en produit 8% à elle seule. Les Polonais paient cher cette politique énergétique?: la qualité de l'air du pays est la pire de toute l'UE et le prix de l'électricité le plus élevé.

Varsovie n'est pourtant pas pressée de changer de modèle. Les dernières mines de charbon ne devraient pas fermer avant 2049, et la date de fin de vie des centrales n'est même pas fixée. Si les objectifs énergétiques nationaux sont respectés, le pays devrait encore compter sur le charbon pour produire 56% de son électricité d'ici 2030. La fin du charbon semble encore suffisamment lointaine pour que la création de nouvelles mines soit envisagée sérieusement par le gouvernement polonais, malgré la rentabilité de plus en plus faible des énergies fossiles par rapport aux renouvelables.

Côté tchèque, la transition énergétique n'est pas beaucoup plus avancée. Le gouvernement semble plus pressé de fermer la mine polonaise de Turów que celles toujours en activité en Moravie ou en Bohème du Nord. Troisième producteur européen de charbon, la République tchèque compte encore sur le combustible fossile pour plus de 50% de son électricité et ne prévoit pas d'en sortir avant 2038.

24. helmikuuta 2021 9:29:00 Categories: Liberation

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