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Katalin Kariko : un espoir contre la pandémie

logo de Paris Match Paris Match 24/02/2021 05:30:00 Dr Philippe Gorny

Elle est a` l'origine des nouvelles technologies d'ARN messager qui ont permis l'e?laboration des premiers vaccins anti-Covid. Parcours.

© Getty Images

Une origine hongroise

Katalin Kariko, ne?e le 17 janvier 1955, a grandi a` Kisujszallas, une ville de quelques milliers d'a^mes situe?e au cour de la Hongrie. Son pays est une re?publique populaire sous re?gime communiste. Sa famille est chre?tienne et pauvre. Son pe`re est boucher. Sa scolarite? sera excellente. Passionne?e de sciences, elle opte pour la biologie et la biochimie, obtient un doctorat et entame des e?tudes postdoctorales au centre de recherche biologique de l'Acade?mie hongroise des sciences a` Szeged.

L'ARN messager (ARNm), dont le ro^le dans la synthe`se des prote?ines a e?te? e?lucide? en 1961 (par les Franc?ais Jacques Monod et Franc?ois Jacob, tous les deux Prix Nobel, et Franc?ois Gros), puis la de?couverte en 1980 par Tom Cech et Sidney Altman (Prix Nobel) que certains ARN peuvent aussi avoir un ro^le de catalyseur, comme les enzymes, la fascine. Son acade?mie n'a pas les moyens de financer des projets de recherche dans ce domaine. Aussi prend-elle le risque, en 1985, avec son mari et sa fille a^ge?e de 2 ans, de quitter la Hongrie pour les Etats-Unis. C'est un aller simple.

Les anne?es noires

Ils cachent toutes leurs e?conomies (1000 dollars) dans un ours en peluche, passent ainsi le rideau de fer (qui inter- dit d'emporter plus de 100 dollars) et de?barquent a` New York en n'ayant plus que 10 dollars en poche. Heureusement, le de?partement de biochimie de l'universite? de Temple, a` Philadelphie, ou` elle a postule?, la recrute. Elle inte`gre peu apre`s la prestigieuse universite? de Pennsylva- nie, dite « UPenn », ou` son obsession pour rendre l'ARNm utilisable en the?rapeutique la marginalise tre`s vite. A l'e?poque, seul l'ADN inte?resse le monde scientifique. Katalin a une vision contraire : utiliser l'ADN implique qu'il puisse s'inte?grer au sein du ge?nome (dans le noyau des cellules) avec risque de le modifier. C'est donc dangereux. Elle trouve moins risque? d'utiliser l'ARN, qui permet la fabrication de prote?ines dans l'espace cellulaire, hors les ge`nes du noyau, en utilisant la machi- nerie qui s'y trouve (les ribosomes).

Proble`me : l'ARN, s'il est injecte? a` l'homme ou a` des animaux, est vite de?grade? et induit de violentes re?actions immunitaires de type inflammatoire. En 1990, sa premie`re demande de bourse est refuse?e. Il en sera par la suite presque toujours ainsi. Son projet semble de?lirant. Son allure modeste, son fort accent en anglais, sa discre?tion lui valent tre`s peu de conside?ration de la part de ses colle`gues. En 1995, cependant, elle a publie? suffisamment de travaux pour e^tre professeur. Elle en est alors empe^che?e par divers esprits malveillants, re?trograde?e au rang de simple chercheuse et biento^t renvoye?e de l'universite?. Elle n'a pas encore la carte verte de re?sidente aux Etats-Unis et ne peut renouveler son se?jour qu'a` condition de trouver un travail. Elle perd aussi les moyens de financer les e?tudes supérieures de sa fille. Mais une main va se tendre, celle de David Langer, un de ses anciens e?le`ves, devenu un brillant pro- fesseur en neurochirurgie. Il conside`re Katalin comme un ge?nie scientifique, double? d'une probite? absolue. Il lui trouve un poste dans son de?partement a` la UPenn. C'est la`, pre`s d'une photocopieuse, qu'elle rencontre un jour Drew Weissman, un immunologiste qui va devenir son partenaire de recherche.

Le chemin de croix vers la reconnaissance

Ensemble ils parviennent a` re?soudre les difficulte?s lie?es a` l'ARNm: limiter la re?action immunitaire qu'il induit et assurer, gra^ce a` des nanoparticules lipidiques, son transport et sa de?livrance aux cellules. Leurs publications en 2005 font grand bruit, car elles ouvrent tout un champ d'applications the?rapeutiques nouvelles. En 2012, ils fondent une compagnie et de?posent des brevets, malheureusement subventionne?s par UPenn, ou` ils sont salarie?s, et qui donc les de?tient (c'est la re`gle)... et les vendra pour une bouche?e de pain a` une biotech (CellScript) qui presse l'avenir de cette invention. Tous les brevets sur l'ARN existant aujourd'hui, ceux notamment de Moderna et de BioNTech, dont les principaux actionnaires sont devenus multimilliardaires en dollars, sont inspire?s des travaux originaux de Katalin Kariko. Ces deux socie?te?s l'ont approche?e tour a` tour. Entre les deux, Katalin, qui re?side toujours dans la banlieue de Philadelphie, a choisi BioNTech, ou` elle occupe aujourd'hui un poste de vice-pre?sidente.

Lire aussi.Vaccins à ARN : espoirs et questions

Le monde entier s'attend a` ce que Kata- lin Kariko rec?oive le prix Nobel de me?decine ou de chimie, ce qui serait logique et me?rite?. Et pas seulement pour la fabrication de vaccins. La technologie a` ARN dont elle est la pionnie`re a de multiples applica- tions a` venir: la lutte contre les microbes, bien su^r, mais aussi contre le cancer, les accidents vasculaires ce?re?braux, le traitement des maladies orphelines et bien d'autres encore. Mais a` ce propos elle dit simplement : « Si on arrive a` mettre fin a` l'e?pide?mie gra^ce aux vaccins a` base d'ARN messager, ce sera ma plus grande re?compense. »

Un dernier mot: la fille de Katalin, Zsuzsanna, a fait des e?tudes supe?rieures brillantes. Elle a e?galement e?te? deux fois me?daille d'or olympique en aviron, pour les Etats-Unis. Quelle famille ! Chapeau !

24. helmikuuta 2021 7:30:00 Categories: Paris Match

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