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L'aide psychologique universitaire «au bout du rouleau»

logo de Liberation Liberation 14/01/2021 19:49:46 Elise Viniacourt
A Caen, un étudiant doit attendre en moyenne un an avant de pouvoir consulter un psychologue ou psychiatre universitaire (photo d'illustration). © VOISIN/PHANIEA Caen, un étudiant doit attendre en moyenne un an avant de pouvoir consulter un psychologue ou psychiatre universitaire (photo d'illustration).

Manque de moyens, de personnel, précarité. Alors que la santé mentale des étudiants se détériore, les services de santé universitaires révèlent, eux aussi, leurs failles.

A Caen, les bureaux d'aide psychologique universitaire sont débordés. Avant Noël, un étudiant en détresse psychologique devait attendre un an avant de pouvoir consulter. Le campus normand, de plus de 25 000 étudiants, compte deux structures où travaillent l'équivalent de trois temps plein de psychologues et de 0,8 temps plein de psychiatre. Clément Nathou, psychiatre, ne peut intervenir qu'à temps partiel. «On a envie de les aider au mieux, mais on n'a juste pas les moyens et ça fait déjà longtemps que l'on demande des aides supplémentaires», déplore-t-il. En décembre, le ministère de l'Enseignement supérieur a annoncé un «doublement des capacités d'accompagnement psychologique des étudiants», un objectif rappelé mardi au micro de RTL par la ministre Frédérique Vidal. Sur le terrain, les acteurs restent circonspects. «On attend de voir», lâche un médecin universitaire. Laurent Gerbaud, chef du pôle Santé-Handicap de l'université de Clermont-Ferrand, prévient : «Aucun psychologue universitaire n'est titulaire, les salaires sont très bas. Le recrutement risque d'être compliqué.» 

1,5 psychologue pour 36 000 étudiants

A Paris, Lille ou Nantes, l'attente pour avoir une consultation se compte en mois. Des délais aberrants, liés à un manque de moyens et de personnel, souligne Patrick Skehan, délégué général du service d'écoute Nightline : «Dans un rapport réalisé en novembre, on a relevé qu'il y avait, en moyenne, un psychologue universitaire pour 30 000 étudiants en France.» Pour l'Iacs, l'association accréditant les services de santé mentale universitaire dans le monde, il en faudrait un pour 1 500.

Pour accueillir tout le monde, il a fallu faire des choix. Avec plus de 80 personnes en liste d'attente en novembre, le service de santé universitaire de Clermont-Ferrand a préféré privilégier les premiers rendez-vous et retarder les deuxièmes. «C'est compliqué d'opérer comme ça, parce que des soins psychologiques, ça nécessite un vrai suivi», souligne, dépité, Bruno Chabanas, directeur adjoint. Mais, avec 1,5 psychologue en équivalent temps plein (ETP) pour un campus de 36 000 étudiants, difficile de faire mieux.

«Le ministère nous en demande de plus en plus»

En Ile-de-France, un salarié d'un service de santé universitaire dénonce : «On est au bout du rouleau, on est sous-dotés, malmenés, ça fait des années mais rien ne change !» En tout, la structure dans laquelle il travaille compte trois psychologues à temps partiel, 1,6 médecin et doit mener des visites médicales obligatoires, des campagnes de prévention et aussi des dépistages. Une situation ingérable, assure-t-il : «Le ministère nous en demande de plus en plus, ils sont déconnectés du terrain ! Je travaille dans un sous-sol, où les lavabos ne sont pas aux normes, et là on vient de refuser le renouvellement du contrat d'un médecin qui était en CDD depuis huit ans.»

14. tammikuuta 2021 21:49:46 Categories: Liberation

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