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Jusqu'à un million d'enfants et d'enseignants seront testés chaque mois à l'école

logo de Liberation Liberation 14/01/2021 20:08:52 Marie Piquemal, Cécile Bourgneuf
Le ministre de la Santé, Olivier Véran, mardi à l'Assemblée nationale. © GONZALO FUENTESLe ministre de la Santé, Olivier Véran, mardi à l'Assemblée nationale.

Le ministre de la Santé annonce une grande campagne de dépistage du Covid-19 dans les établissements scolaires. Qui va faire ces tests et comment ? Mystère.

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, marche sur un fil. L'équilibre est de plus en plus difficile à trouver entre, d'un côté, les chiffres des contaminations qui grimpent ainsi que l'état des connaissances sur le variant anglais du virus - qui semble toucher davantage les enfants - et, de l'autre, la nécessité sociale de garder les établissements scolaires ouvert (la Société française de pédiatrie a réaffirmé l'urgence à laisser les écoles en fonctionnement). Nouvelle annonce ce jeudi du gouvernement : la mise en place d'un «protocole qui vise à dépister jusqu'à un million d'enfants et d'enseignants par mois, ce qui est énorme !» Les enfants seront testés dès l'âge de 6 ans, précise Olivier Véran, «partout là où ça fait sens».

Pourquoi cette annonce ?

Parce que le variant anglais du coronavirus inquiète. Les premières données communiquées par la Grande-Bretagne montrent que le «VOC-202012/01» est probablement plus contagieux, d'au moins 50%, mais rien ne prouve qu'il le soit davantage chez les jeunes. «On n'a pas de données précises sur les enfants, remarque Christèle Gras-Le Guen, présidente de la Société française de pédiatrie et cheffe du service des urgences pédiatriques du CHU de Nantes. On ne sait donc absolument rien pour le moment. Pour savoir si ce virus circule davantage et s'il est plus contagieux pour les enfants, il faut les tester.» D'où cette nouvelle mesure.

Depuis le début de l'épidémie, le rôle des enfants dans la transmission de la maladie est un bon exemple des doutes et tâtonnements sur notre connaissance sur le Covid-19. On est passé par tous les stades : un temps «porteurs sains», les enfants ont été ensuite catalogués comme de «très faibles transmetteurs», jusqu'à ce variant anglais et son lot d'inquiétudes. 

Les derniers chiffres publiés par Santé publique France, qui datent du 10 janvier, montrent que le taux de positivité des enfants augmente. Il est de 8,5% chez les 10-19 ans et grimpe à 10% en dessous de 10 ans, contre moins de 3% dix jours plus tôt et alors qu'il est de 6,4% dans la population générale. Est-ce dû au variant anglais ? Impossible de l'affirmer pour le moment. Une chose est sûre : fin décembre, de nombreuses familles, et donc des enfants, se sont fait tester au moment des fêtes de Noël, ce qui a mécaniquement fait chuter les taux de positivité. Ces derniers remontent désormais puisque le nombre de tests pratiqués a baissé de moitié et qu'on teste majoritairement les cas suspicieux. Une partie de cette augmentation des cas positifs est donc probablement dû à la baisse du nombre de tests pratiqués depuis fin décembre.

Comment cette campagne de tests va-t-elle se mettre en place ?

Contacté après l'annonce d'Olivier Véran, le ministère de l'Education n'avait aucune idée sur la manière dont allait se dérouler la campagne. «Aucune information pour l'instant, on vous tient au courant.» La mise en place concrète de ces dépistages interroge, si l'on s'en tient à l'expérience déjà menée dans les lycées.

Alors que le ministère dispose d'un stock d'un million de tests antigéniques depuis deux mois, seulement 100 000 ont été réalisés dans les lycées d'une dizaine d'académies depuis fin novembre. «C'était une sorte de galop d'essai, justifiait-on la semaine dernière au ministère. Il a fallu former 2 000 infirmiers et médecins scolaires et installer les locaux, les tentes. L'opération pilote est terminée et on va aller plus vite maintenant.» Cela s'annonce compliqué : pour réaliser les tests, les rectorats et préfectures doivent en effet s'associer avec les agences régionales de santé (ARS). Ce qui veut dire, mobiliser à chaque fois plus d'une vingtaine de personnes (infirmiers et médecins scolaires, agents de l'ARS, étudiants en médecine.) Où va-t-on trouver le personnel pour réaliser une telle quantité de tests ? Le nombre d'infirmiers et de médecins scolaires est déjà, en temps normal, insuffisant.

Autre question : y aura-t-il suffisamment de personnels et élèves volontaires pour se faire tester ? Jusqu'ici, dans les lycées, 37% du personnel scolaire et 19% des élèves en moyenne ont accepté. Le gouvernement entend-il changer les règles ? Les tests seront-ils obligatoires dans les établissements identifiés ? Aujourd'hui, pour les campagnes de test dans les lycées, le consentement écrit des parents est exigé.

Les tests antigéniques sont-ils efficaces chez les enfants ?

Selon la Société française de pédiatrie, les tests ont la même efficacité chez les enfants que chez les adultes. Malgré tout, «un enfant asymptomatique peut sécréter moins de virus qu'un adulte et les tests sont dans ce cas faussement négatifs. Ceci dit, s'il secrète peu de virus c'est qu'il n'est probablement pas contagieux», assure Christèle Gras-Le Guen.

Les pédiatres conseillent de préparer psychologiquement les enfants, en leur expliquant que ça «gratouille» mais que ce n'est pas un geste douloureux. Le test est désagréable de la même façon pour un adulte que pour un enfant. Pas plus.

14. tammikuuta 2021 22:08:52 Categories: Liberation

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