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«Répressif et absurde» : à Villeneuve-Loubet, le maire fait annuler l'obligation du port du masque

logo de Liberation Liberation 17/09/2020 14:37:44 Mathilde Frénois
L'arrêté pris par la préfecture datait du 10 septembre. © CHANDAN KHANNAL'arrêté pris par la préfecture datait du 10 septembre.

Le tribunal administratif de Nice a jugé l'arrêté préfectoral imposant le masque «disproportionné» par rapport à la densité de la ville.

Seules les défenses arrivent à se glisser sous le carré de tissu bleu. L'animal sauvage, dessiné sur l'affiche diffusée par le maire de Villeneuve-Loubet, a l'air bien perplexe avec ses sabots posés sur les hanches : «Même les sangliers sont masqués», édicte le slogan.

Lionnel Luca l'assure : «Il n'y a rien à Villeneuve.» Rien à part la mer, la zone commerciale, les bois - et leurs sangliers donc. L'édile pointe ces zones vides, et la nature qui reprend du terrain, pour montrer «l'absurdité» de l'obligation du port du masque imposée dans sa commune par la préfecture des Alpes-Maritimes. Mercredi, l'élu LR contestait l'arrêté devant le tribunal administratif de Nice. La juridiction est allée dans son sens, enjoignant le préfet à «modifier l'arrêté litigieux» et «disproportionné».

Photo D.R.

«Un système sans différenciation»

Le meilleur argument de Lionnel Luca, c'est la physionomie de sa ville : «La commune fait la superficie de Cannes [2 000 hectares, ndlr] mais 70% est inconstructible et classé en espace naturel boisé. Personne ne s'agglutine, les espaces sont très larges, expose d'emblée l'élu, absent à l'audience et contacté par Libération. Nous n'avons pas de centre urbain : le cour du village provençal ne compte que trois rues. Le reste, c'est la route du bord de mer et la nationale 7, avec surtout des bagnoles et une zone commerciale.» En clair, à Villeneuve-Loubet, on sort de sa voiture pour filer directement dans une grande surface ou rejoindre son logement. On se balade en forêt et on profite du bord de mer. Selon le maire, ses 15 000 administrés ne se rencontrent pas en plein air. Si Lionnel Luca a engagé un référé liberté, c'est qu'il dénonce «un système répressif et absurde», «sans différenciation ni sectorisation».

Pris le 10 septembre, l'arrêté préfectoral impose le port du masque «sur l'intégralité de l'espace public» de 8 heures à 1 heure du matin dans 18 communes des Alpes-Maritimes. Presque toutes bordent la mer et sont très fréquentées. A l'audience, le sous-préfet Yoann Toubhans a rappelé la «reprise épidémique qui frappe le département» et son «placement en zone de circulation active». Cinq personnes y sont décédées du Covid entre mardi et mercredi.

Pour un dispositif concentré

«Le préfet a souhaité harmoniser une même mesure sur le territoire. Ce sont des bassins de vie qui sont concernés, argumente le représentant de l'Etat. Le préfet vient simplement prendre une mesure qui vise les phases intercalaires, entre les parties privées et publiques déjà soumises à l'obligation.» De la voiture à la grande surface par exemple. «Si l'on veut faire une analogie par rapport à quelque chose que nous avons l'habitude de vivre, un casque et des gants dans l'espace public, ça existe déjà dans la sécurité routière, expose-t-il. Ce n'est pas manifestement grave d'imposer ça à des gens, ce n'est pas une contrainte insurmontable.»

Pas pour le tribunal administratif. Les services de l'Etat ont jusqu'à samedi pour édicter un nouvel arrêté «afin d'exclure de l'obligation du port du masque les lieux de la ville de Villeneuve-Loubet qui ne sont pas caractérisés par une forte densité de population ou par des circonstances locales susceptibles de favoriser la diffusion du virus». Une décision qui s'inspire de celles du Bas-Rhin et du Rhône, où des arrêtés préfectoraux sur le port du masque avaient déjà dû être modifiés début septembre.

Si les élus de Villeneuve-Loubet combattent l'obligation partout et tout le temps, ils se défendent d'être «antimasques», arrêté municipal à l'appui. Datant du 26 août, il impose le masque devant les écoles, les crèches, le collège. Au cour de l'été déjà, les spectacles en plein air étaient soumis à la même obligation dès 300 personnes. Plutôt qu'une mesure généralisée, la commune milite pour un dispositif concentré, sur le village par exemple, et sur des plages horaires réduites. Albert Calamuso, adjoint à la tranquillité publique et à la protection animale, dégaine son dernier argument à la sortie de l'audience, dans le hall du tribunal : «A Villeneuve, à partir de minuit, on ne croise plus personne, affirme-t-il. A part des sangliers.»

17. syyskuuta 2020 17:37:44 Categories: Liberation

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