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La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit
La bulle de Josef Schovanec : la santé nous rattrape toujours, qui que l'on soit - © Tous droits réservés

On le sait, la crise mentale autour du virus a changé le marché immobilier. Toutefois, dire, comme on l'entend souvent, que le souhait d'avoir une maison avec jardin soit destiné à pouvoir en profiter lors du prochain reconfinement, tout cela ne va pas bien loin dans l'analyse. Les évolutions sont bien plus profondes : il en va de la survie même des villes.

Au cours de l'histoire humaine, les fluctuations entre ville et campagne sont l'un des marqueurs les plus sûrs de la situation d'une civilisation. Lors des grands effondrements, qu'il se soit agi de l'Empire romain, de l'Egypte et de tant d'autres, ce sont les villes qui se dépeuplent ; l'inverse en phase d'ascension, le fameux " exode rural ".

Certes, à ce jour, en Belgique du moins, on ne peut pas encore parler de fuite de la population hors des villes. Toutefois, plusieurs indices sont troublants, par exemple la baisse sensible du trafic automobile ou l'effondrement de l'horeca bruxellois. Qu'en sera-t-il dans cinq ou dix ans, au 36ème reconfinement, pour le virus actuel ou une autre raison ? En Amérique, la mécanique est bien plus avancée : on observe une fuite, même une fuite éperdue, massive vers la campagne, voire vers les lieux reculés.

Mieux encore : cette fuite concerne avant tout les populations que les villes souhaiteraient garder par-dessus tout, à savoir les jeunes et les riches.

Les raisons vont bien au-delà du virus au sens strict : le sentiment de danger dû à une délinquance perçue et que le danger viral ne fait qu'accentuer, la peur diffuse de l'omniprésence policière dont on se sent désormais la cible en cas de toux ou de masque mal mis, alors que naguère elle visait autrui, à savoir les criminels graves, la fermeture des lieux de perdition prisés des non-autistes qui les avaient attirés en ville (la fameuse " vie nocturne "), etc.

Le véritable danger n'est autre que le gouvernement

Plus profondément encore, le départ vers la campagne était historiquement une façon de se protéger des gouvernements despotiques, en Europe durant la guerre ou ailleurs. Justement, je suis surpris du nombre de gens que je croise, et des plus honorables, qui murmurent désormais le mot " dictature ".

L'idée en somme qui pousse au départ, que peu formulent explicitement pour le moment, est que le véritable danger n'est autre que le gouvernement.

Certes, à titre personnel, je ne peux que me féliciter du mouvement de la population vers la campagne.

D'autant plus que la biodiversité humaine a toujours été plus importante à la campagne, les villes ayant des profils humains relativement homogènes (avec peu de personnes handicapées, par exemple).

Toutefois, de plus en plus souvent je me demande si nous ne ressentons pas ce que devaient éprouver les contemporains du sac de Rome en 410. Une résignation par rapport à l'effondrement de la maison commune, un repli soit dans l'exil intérieur, soit vers un lopin de terre situé dans le lointain. De toutes ces mutations sociales le virus pourrait n'être qu'un épiphénomène.

 

 

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17. syyskuuta 2020 16:17:36 Categories: - lapremiere - article RTBF

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