Capital

Assurance vie : faut-il en finir avec sa fiscalité dorée ?

logo de Capital Capital 16/09/2018 19:00:00 Thomas LE BARS


Les privilèges fiscaux de l'assurance vie sont régulièrement remis en cause. Faut-il les abolir ? Avant de crier au scandale, lisez nos arguments pour et contre.

Assurance vie : faut-il en finir avec sa fiscalité dorée ? © Getty/nicolas_Assurance vie : faut-il en finir avec sa fiscalité dorée ?

Que ce soit lors d'un retrait de ses gains ou au moment de la succession, l'assurance vie possède d'énormes avantages fiscaux par rapport aux autres produits d'épargne. Mais les conservera-t-elle encore longtemps ? Si le secteur n'a finalement pas trop été écorné par les réformes d'Emmanuel Macron, des voix s'élèvent régulièrement pour remettre en cause ce totem de l'épargne française, arguant notamment du fait que ce traitement de faveur serait injustifié. Alors, faut-il abolir les privilèges fiscaux de l'assurance vie ? Avant de crier au scandale, lisez nos arguments pour et contre.

Des avantages improductifs

En théorie, la fiscalité de l'assurance vie a pour objectif de contribuer au financement des entreprises, comme le précise un rapport de Bercy annexé au projet de loi de finances. Le problème, c'est que 80% de l'épargne placée sur ces contrats est, en fait, logée sur les fonds en euros, des supports garantis en capital qui sont principalement investis dans des actifs peu risqués. Les obligations d'Etat, notamment, représentaient un tiers de leur portefeuille fin 2017, selon un baromètre de Facts & Figures. "Au total, 15,5 % des placements mis en regard des contrats d'assurance vie financent des entreprises", déplorait début janvier le Conseil des prélèvements obligatoires, une instance dépendant de la Cour des comptes, qui préconisait de ce fait un rapprochement du régime fiscal de l'assurance vie avec le droit commun.

Des privilèges coûteux pour l'Etat

Au total, les exonérations ou impositions réduites des gains de ces contrats représentent une dépense fiscale annuelle d'environ 1,5 milliard d'euros, selon un autre rapport annexé au dernier projet de loi de finances. Alors que le gouvernement est à la recherche d'économies pour atteindre ses objectifs budgétaires tout en tenant ses promesses fiscales, telles que la suppression totale de la taxe d'habitation, faire disparaître le régime de faveur de l'assurance vie, ou au moins tailler dedans, pourrait donc s'avérer tentant...

Un totem de l'épargne française

Recensant 37 millions de bénéficiaires, l'assurance vie est le produit d'épargne numéro 1 en France en termes d'encours. Ces derniers atteignaient plus de 1.700 milliards d'euros en juin dernier, soit 6 fois plus, par exemple, que le Livret A et ses 280 milliards. "Les Français sont attachés à l'assurance vie pour sa simplicité et sa sécurité dans la durée. Il s'agit pour eux d'un véritable 'couteau suisse de l'épargne longue'", affirmait ainsi le président de la Fédération française de l'assurance, Bernard Spitz, l'an dernier, lors de la présentation d'une étude démontrant l'hostilité des Français à une modification de la fiscalité. Les dernières refontes montrent à quel point il est difficile de s'attaquer à ce totem. Lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait annoncé son intention d'alourdir la fiscalité de l'assurance vie en lui appliquant une "flat tax" de 30%. Face aux protestations, le projet a finalement été amendé, et seuls les plus gros contrats ont été pénalisés.

Cela risque de profiter à des produits finançant encore moins l'économie

Les Français ne goûtent guère au risque lorsqu'il s'agit de gérer leur épargne, comme en témoigne le dernier rapport de l'Insee sur le taux de détention des différents produits. En 2015, 86% des ménages détenaient un livret d'épargne, 59% étaient propriétaires d'une résidence principale, 36% détenaient une assurance vie, 18% avaient une résidence secondaire ou un bien locatif, tandis que seuls 16% possédaient des actions. Sachant que cette proportion de détenteurs d'actions a chuté de près de 8 points en 11 ans. Bref, même en supprimant les avantages fiscaux de l'assurance vie, il n'est pas certain que les ménages se tournent davantage vers les actions. Si on touchait à la fiscalité de l'assurance vie, "le grand gagnant (...) serait tout ce qui est très liquide (Livret A, compte courant, Livret de développement durable.) et l'immobilier, c'est-à-dire tout ce qui est à l'antithèse du financement de l'économie", soulignait l'an dernier à ce sujet Stéphane Dedeyan, ancien membre de la direction de Generali France.



AUSSI SUR MSN : Épargne : le succès de l'assurance-vie



Chaque semaine, ne manquez pas le meilleur de l'info!


16. syyskuuta 2018 22:00:00 Categories: Capital Länsiväylä Puheenaihe

ShareButton
ShareButton
ShareButton
  • RSS
Suomi sisu kantaa
NorpaNet Alpha 1.0.44.37810 - Firebird 3.0 WI-V6.3.4.32939

TetraSys Oy.

TetraSys Oy.