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Coronavirus : les difficultés des brigades de traçage

logo de leJDD leJDD 23/05/2020 17:45:01 Pierre Bafoil
Des spécialistes redoutent que ces équipes de l'Assurance maladie ne soient pas assez efficaces. Les plus précaires pourraient passer entre les mailles du filet. © AFP

Des spécialistes redoutent que ces équipes de l'Assurance maladie ne soient pas assez efficaces. Les plus précaires pourraient passer entre les mailles du filet.

Depuis le déconfinement, des brigades de traçage sont en place au sein des caisses primaires d'assurance maladie (CPAM). Leur mission?: briser les chaînes de contamination. Pour ce faire, médecins généralistes et établissements de santé leur adressent des patients positifs au Covid-19, charge ensuite aux brigades d'identifier rapidement toutes les personnes avec lesquelles ils ont été en contact. Si ces cas sont complexes ou nombreux, les agences régionales de santé prennent le relais. Depuis deux semaines, environ 5.500 personnes ont ainsi été dépistées à travers le pays et 14.000 cas contacts identifiés.

Ce bilan plutôt prometteur ne calme pas l'inquiétude de certains spécialistes de santé qui redoutent "des failles dans le système", d'après l'un d'entre eux. La première crainte concerne la porte d'entrée du dispositif. Un patient ne peut l'intégrer qu'à condition de présenter un test PCR positif au Covid-19 ou un scanner aux signes évocateurs. Or, certains tests ont une sensibilité insuffisante, conduisant à des erreurs chez 20 à 30% des infectés.

"En cas de symptômes persistants, on conseille un deuxième test quelques jours après", assure Aurélie Combas-Richard, directrice de la CPAM de Seine-Saint-Denis. Insuffisant, d'après les praticiens sollicités pour qui il faudrait s'appuyer aussi sur des diagnostics cliniques afin d'être sûr de ne manquer personne.

Pas de solution miracle

Mais le reproche principal réside dans la méthode même d'identification des "cas contacts", par téléphone. Dans d'autres pays, comme en Autriche où c'est un succès, le système est certes aussi organisé autour du démarchage à distance mais avec également des visites à domicile. En France, il fut un temps question d'ériger le traçage physique en règle plutôt qu'en une exception limitée aux seules situations complexes. Le 15?avril, le président du conseil scientifique avait d'ailleurs évoqué le chiffre de 30.000 personnes à mobiliser dans cette optique. Elles ne sont finalement que 6.500 à effectuer ces missions, et seulement à distance.

Et nombre d'épidémiologistes estiment que ce seul traçage par téléphone risque de manquer ceux qu'ils appellent dans leur jargon les "hard-to-reach populations". En bon français, les publics fragiles, difficiles à atteindre parce qu'exclus du système de soin, précaires ou marginalisés. L'enjeu est primordial?: statistiquement, ils sont parmi les plus touchés par le Covid-19.

Covisan, le dispositif de l'AP-HP, a opté pour le traçage physique, à l'aide de binômes qui sillonnent la région. Actifs en Île-de-France depuis la mi-avril, ils cohabitent désormais avec les brigades de la CPAM. Pour autant, si Covisan fonctionne bien par endroits, le taux de refus des visites à domicile reste très élevé en Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France, durement frappé par le virus. "Il n'y a pas de solution miracle, il faut s'adapter, décrit le Pr Olivier Bouchaud, chef du service infectiologie de l'hôpital Avicenne de Bobigny, impliqué dans Covisan. Les gens sont parfois dans un tel désarroi social qu'ils sont méfiants envers quiconque viendrait chez eux."

La peur de "dénoncer" ses connaissances

D'après lui, le terme de brigade n'arrange rien. De plus en plus, ses équipes doivent lutter pour se distinguer d'un dispositif dont la dénomination martiale inquiète. Et même au sein d'une CPAM où l'on assure que les appels suffisent pour détecter les cas contacts, on admet éviter cette appellation gouvernementale qui prête à confusion.

"Cela donne l'impression d'une police sanitaire, se désespère Jérôme André, directeur de HF Prévention, qui s'occupe du dépistage VIH auprès de publics marginalisés. Donc les gens ne veulent pas 'dénoncer' leurs connaissances." De telles situations se multiplieraient. À l'image de cet habitant d'un quartier populaire positif au Covid-19 qui s'est rapproché de HF Prévention, laquelle l'a redirigé dans le circuit CPAM?: "Ils lui ont dit de donner le nom de ses relations. Il a eu peur et a répondu qu'il ne les connaissait pas, alors que c'étaient ses voisins, soupire Jérôme André. Le travail éducatif n'est pas fait." Rue de Ségur, des discussions sont en cours pour intégrer ces structures habituées aux actions sanitaires d'urgence. "On attend, s'impatiente-t-il. On perd encore du temps."

Ce vendredi, une première opération de dépistage de rue à destination des plus précaires a été expérimentée à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) avec l'ARS, la municipalité et l'AP-HP. Un tel modèle pourrait être multiplié pour rendre plus performantes les opérations de traçage. "Le gouvernement n'a pas pris conscience de ces spécificités, déplore le Pr Bouchaud. Dès le début de l'épidémie, il aurait pu mettre en place ces dispositifs. Et ça a manqué."

23. toukokuuta 2020 20:45:01 Categories: Ilta Sanoma Ulkomaat leJDD

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